Fumées d'incendie au travail :comment protéger les salariés ?

17.08.2026 / Santé-sécurité au travail

fumées d'incendie : les risques

Les fumées issues des feux de forêt peuvent exposer des salariés situés loin du foyer de l'incendie. Elles transportent des particules fines et grossières susceptibles d'affecter les travailleurs en extérieur, les personnes en déplacement et les équipes présentes dans des locaux où l'air extérieur pénètre. Dans ce contexte, l'employeur doit évaluer le risque, adapter l'organisation du travail et actualiser ses mesures de prévention au fil de l'évolution de la qualité de l'air. Dans ce dossier du CNFCE, nous vous invitons à découvrir comment anticiper l'exposition aux fumées d'incendie et intégrer ce risque dans une démarche proactive de prévention des risques professionnels.

Ce qu’il faut retenir

  • Les fumées d’incendie engendrent des risques sur la santé et la sécurité des salariés, nécessitant une prise en compte proactive de ces derniers par l’employeur.
  • Il est obligatoire de réduire l’exposition aux fumées d’incendie par l’organisation du travail avant de compter sur les EPI.
  • Les risques nécessitent d’adapter les mesures aux travailleurs extérieurs, aux déplacements, aux locaux et au nettoyage
  • Il est recommandé d’intégrer le risque et les mesures retenues au DUERP lorsque la situation le justifie.

Pourquoi les fumées d’incendie deviennent un risque professionnel

Les incendies de forêt génèrent des nuages de fumée capables de se déplacer sur de longues distances. Les particules peuvent pénétrer dans l’organisme par inhalation, mais aussi se déposer sur la peau, les vêtements, les véhicules et les surfaces de travail. L’exposition ne concerne donc pas uniquement les métiers de secours ou les personnes au contact direct du feu.

Quels sont les risques sur la santé ?

Dans son rapport de juin 2026 sur la pollution des feux de fôret, l’ANSES évoque les risques suivants :

  • Risque respiratoire prédominant : toux, irritation des voies respiratoires, essoufflement, inflammation et diminution transitoire de la fonction pulmonaire.
  • Irritations fréquentes : atteintes ORL, oculaires et cutanées, généralement aiguës et transitoires.
  • Risques cardiovasculaires possibles, favorisés par la combinaison de l’exposition aux fumées avec le stress thermique, la déshydratation, l’effort physique intense et la fatigue.
  • Expositions répétées : incertitudes importantes. Les effets chroniques, notamment cardiovasculaires, neurologiques et cancérogènes, restent insuffisamment documentés.
  • Enjeu professionnel majeur : réduire l’exposition cumulée aux fumées, car l’Anses considère cette exposition comme un déterminant de santé chez les pompiers intervenant sur les incendies de végétation.

Qui sont les professionnels les plus exposés ?

Les salariés travaillant en extérieur sont les plus immédiatement exposés, notamment dans le BTP, la logistique, l’agriculture, la maintenance, la sécurité ou les services à domicile. Les conducteurs peuvent également être confrontés à une visibilité réduite et à un air fortement chargé en particules. Enfin, des locaux fermés ne protègent pas automatiquement les équipes : une ventilation non filtrée peut introduire l’air pollué à l’intérieur.

Les obligations de l’employeur face à une situation évolutive

L’obligation de sécurité impose à l’employeur d’évaluer les risques qui ne peuvent pas être évités et de retenir les mesures de prévention adaptées.

Lors d’un épisode de fumées, cette évaluation doit être réexaminée en continu, car la direction du panache, les concentrations de particules et les consignes locales peuvent changer rapidement.

La démarche doit notamment permettre de :

  • suivre les consignes des autorités locales et les indicateurs publics de qualité de l’air ;
  • identifier les postes, déplacements et locaux susceptibles d’être exposés ;
  • associer les représentants du personnel et solliciter le service de prévention et de santé au travail ;
  • définir des seuils de décision pour reporter une activité, aménager les horaires, organiser des rotations ou recourir exceptionnellement au télétravail ;
  • tracer les mesures décidées et mettre à jour le DUERP lorsque l’évaluation révèle un risque à intégrer durablement.

Pour aller plus loin, consultez notre dossier prévention des risques : comment l’assurer ?

Adapter le travail selon les situations d’exposition

Travail en extérieur

Lorsque la qualité de l’air se dégrade, la réduction du temps passé dehors et la limitation des efforts physiques non indispensables peuvent être envisagées. Si la poursuite de l’activité est impérative dans une zone fortement enfumée, l’employeur doit renforcer les protections et porter une attention particulière aux salariés vulnérables.

Un masque de protection respiratoire certifié FFP2, ou d’un niveau supérieur, peut réduire l’exposition aux particules lorsqu’il est correctement ajusté. Il doit être fourni, remplacé et accompagné d’une information sur son port et son retrait. Cette protection ne remplace toutefois pas les mesures d’organisation visant à réduire l’exposition à la source.

La mise à disposition des équipements de protection individuelle est une obligation de l’employeur, comme l’indique l’article R4321-4 du Code du travail.

Déplacements professionnels

Avant tout déplacement, l’entreprise doit vérifier les restrictions locales et reporter le trajet lorsque cela est possible. Si le déplacement reste indispensable, il est recommandé d’éviter de conduire dans la fumée, de garder les vitres fermées, d’utiliser la climatisation en mode recyclage et de rester attentif à la visibilité.

Se former à l'évaluation des risques et au DUERP

Le CNFCE propose une formation dédiée à l’évaluation des risques professionnels et à la rédaction du document unique. Elle aide les responsables sécurité, référents, managers et équipes QHSE à identifier les dangers, hiérarchiser les risques et définir un plan d’action.

Travail en intérieur

Les portes et fenêtres peuvent être maintenues fermées lorsque l’air extérieur est fortement dégradé. Les systèmes faisant entrer de l’air non filtré doivent être arrêtés si cela est compatible avec la sécurité des occupants. Lorsqu’une ventilation filtrée est disponible, son maintien en service dépend de la maintenance et de l’efficacité des filtres. L’absence de renouvellement d’air ne peut cependant durer indéfiniment : l’occupation des locaux doit être adaptée et la qualité de l’air intérieur surveillée.

Nettoyage et remise en état

Après l’épisode, les cendres et les suies peuvent remettre des particules en suspension. Il est préférable d’humidifier les débris, d’utiliser des lingettes ou serpillières humides et d’éviter le balayage à sec, les souffleurs ou les nettoyeurs haute pression. Les personnes chargées du nettoyage doivent disposer d’équipements adaptés, notamment gants, vêtements couvrants et protection respiratoire selon l’évaluation du risque.

Prendre en compte les salariés vulnérables et la chaleur

Les femmes enceintes, les personnes atteintes de maladies respiratoires ou cardiovasculaires, les personnes diabétiques, immunodéprimées ou souffrant d’autres maladies chroniques peuvent nécessiter une protection renforcée. Le médecin du travail peut aider l’employeur à définir des mesures adaptées sans exposer de données médicales au collectif de travail.

Les épisodes de fumée peuvent coïncider avec de fortes chaleurs. Le port prolongé d’un masque ou d’autres équipements de protection peut alors accroître la contrainte physique. Des pauses plus fréquentes, l’accès à l’eau, l’aménagement des horaires et la réduction des efforts doivent être envisagés conjointement.

Pour aller plus loin, consultez notre dossier Forte chaleur et canicule : comment garantir la sécurité de ses salariés ?

Construire un protocole de prévention durable

Une entreprise exposée aux risques climatiques gagne à préparer ses décisions avant l’urgence. Un protocole simple peut désigner les personnes chargées de suivre la qualité de l’air, définir les canaux d’alerte, lister les activités reportables et préciser les modalités de télétravail, de rotation ou de fermeture temporaire. Il doit aussi prévoir la gestion des travailleurs isolés et les conditions de reprise et de nettoyage des locaux.

La formation des managers et des responsables sécurité facilite l’application cohérente de ces mesures. Elle permet de transformer le DUERP en outil de décision, plutôt qu’en document statique, et d’intégrer les retours d’expérience après chaque épisode.